Il prône enfin une vision plus dissensuelle de l’université dont la collaboration et la confrontation interdisciplinaires constitueraient la principale clé. La communauté scientifique se perçoit comme un système où le travail de chaque savant s’ajuste aux résultats atteints par les autres et qui poursuit l’idéal d’une science homogène. The first part of this text broaches some of the current trends in scientific research, i.e., the university’s quickly dwindling weight in the production of science, the rising contractualisation and concomitant instrumentalisation of university research by economic and political powers, the internationalisation of research and, finally, the massive dissemination and individualisation of knowledge thanks to electronic information and communication systems. Depuis sa création en 1975, l’Université de Haute-Alsace entretient des liens privilégiés avec le tissu industriel tout en basant son évolution sur l’exploration d’idées nouvelles. Les réponses qu’on peut tenter d’y apporter sont relatives au contexte social et, en particulier, aux caractéristiques et aux transformations du champ scientifique à chaque époque concernée. Fondée en 1970, la revue des Cahiers de Mariemont est publiée annuellement par le Musée royal de Mariemont, établissement scientifique de la Communauté française de Belgique. Entre eux prend place un travail intellectuel « désintéressé », à court terme du moins, qui constitue le substrat et la condition mêmes du lien entre ces deux pôles, soit la lente maturation d’une pensée réflexive, qui prend certes des formes particulières selon les disciplines, mais où, d’une manière ou d’une autre, connaissance et sens cherchent à s’articuler, ce qui suppose son inscription délibérée dans l’histoire des sociétés et des pensées elles-mêmes. 7De manière complémentaire, les sciences sociales se voient soumises à des critères d’évaluation externes. Il serait lui-même source de dissensus interne car il briserait le simple et habituel voisinage d’activités différentes et sans liens. Il montre également que la responsabilité de la recherche universitaire ne prend sa pleine mesure que lorsqu’elle s’accomplit en liaison étroite avec l’enseignement. Son approche rend dès lors possible et favorise, mais sans y conduire mécaniquement, un jugement différent sur les comportements dits déviants et non déviants. 31Mais alors, une telle cohérence ne peut être vue comme une unité consensuelle mais bien comme un processus dialectique dont l’interdisciplinarité devrait constituer la clé. Mais cette posture est, en même temps, morale et politique, car elle met à mal la hiérarchie morale instituée entre les deux types de conduite, en montrant qu’elles résultent d’un même processus de production et sont donc consubstantiellement reliées. Finally, he advocates a more dissentious vision of the university to which interdisciplinary collaboration and confrontation are reputedly the main keys. Responsable envers le seul Prince et selon des critères qui relèvent de son bon vouloir, le chercheur se condamne en fait à l’irresponsabilité pour tout ce qui dépasse les seuls critères de rigueur technique (dont le Prince se désintéresse d’ailleurs le plus souvent sinon pour discréditer les travaux dont les résultats ne l’agréent pas). Tout l’agenda. Les premiers adversaires d’un projet de recherche universitaire autonome et responsable sont les universitaires eux-mêmes qui engagent la recherche et l’enseignement sur des voies qu’ils ne devraient pas emprunter. La grande majorité des chercheurs ne travaillent plus dans les universités. La hiérarchisation entre disciplines s’est accentuée au bénéfice des sciences « dures ». L’interdisciplinarité ne consiste pas à renoncer à sa propre discipline, mais à faire ressortir ce qu’elle a de meilleur, sa valeur ajoutée par rapport aux autres. Le lundi 23 novembre 2020. 36Dans ce jeu, le problème n’est pas tant celui des pouvoirs politiques ou économiques qui fonctionnent selon leurs propres logiques, mais bien celui de nos rapports avec eux. Chercheurs, ingénieurs, techniciens, personnels administratifs : rejoignez le CNRS ! Les rapports de recherche doivent se conclure par des « recommandations » susceptibles de consolider des programmes dont les finalités ne peuvent plus être interrogées. 9 Voir ici même la contribution de Georges A. Legault. Dans les pays développés, chacun a désormais directement accès à un savoir immense. La première partie de ce texte expose quelques-unes des principales tendances actuelles de la recherche scientifique : l’affaiblissement rapide et massif du poids des universités dans la production scientifique, la contractualisation croissante de la recherche universitaire et son instrumentalisation par les pouvoirs économiques et politiques, son internationalisation et enfin la diffusion massive et l’individualisation … Les champignons au service de l'agroécologie. Depuis la première guerre mondiale, les discussions interdisciplinaires ont progressivement cédé la place à d’innombrables réseaux hyperspécialisés, monodisciplinaires et sous-disciplinaires. Cette fonction prend aujourd’hui d’autant plus d’acuité que la connaissance est devenue le principal moyen de production et la principale source de pouvoir. 1 Pour ce point, nous nous inspirons en grande partie de discussions entre scientifiques de disciplines différentes (mathématiciens, biologistes, physiciens, philosophes et sociologues notamment) au cours d’un colloque européen sur « L’inscription sociale de la science » organisé par l’Unesco, à Paris, les 5 et 6 novembre 1998. L’auteur y analyse comment
la déviance (en l’occurrence,
fumer de la marijuana) résulte
d’un double processus d’étiquetage par les « non-déviants »
(ceux qui ne consomment pas
de drogues) et d’interaction à
l’intérieur des groupes déviants
(les fumeurs). Il adopte là une posture rigoureusement scientifique. Les dérèglements du droit. Plus précisément encore, il me semble que le pouvoir auquel la recherche universitaire devrait apporter l’attention la plus vive est celui dont la science elle-même est partie prenante, , celui qui est lié à la connaissance et au savoir eux-mêmes et à leurs usages, notamment la construction des vérités scientifiques, la fabrication statistique et technique des informations et données « scientifiques », l’autonomisation d’un pouvoir technoscientifique qui échappe à la démocratie, les flux des ressources du pouvoir comme l’information et les cerveaux (à l’instar des mouvements de capitaux), les structures de raisonnement qui sous-tendent les nouveaux pouvoirs, les différentes formes d’instrumentalisation des savoirs (comme la réduction de l’éthique à la déontologie ou au contrôle). Leur science est aussi une éthique de la science. Les coopérations scientifiques sont actuellement nombreuses, et permettent le renforcement des capacités de recherche et la création de pôles de compétence à vocation régionale. Elles règlent en même temps la question de la posture scientifique et celle de la posture éthique et politique tout en faisant la part des registres, car les deux questions sont indissociablement en jeu dans le même mouvement de construction de l’objet de recherche. Criminologues et sociologues connaissent bien la recherche de Howard Becker sur la déviance publiée sous le titre de. Sa vocation politique découle de son contenu. Criminologues et sociologues connaissent bien la recherche de Howard Becker sur la déviance publiée sous le titre de Outsiders11. Il a été rebaptisé Institut Universitaire de la Recherche Scientifique par le dahir n°1-75-102 du 25 février 1975 et rattaché à l’Université Mohammed V-Souissi. This is the focus of the second part of the text, in which the author targets the specific responsibility for studying the power systems that exclude themselves from the research that they use for their own purposes and in which science itself is also a stakeholder. Dans ce jeu, le problème n’est pas tant celui des pouvoirs politiques ou économiques qui fonctionnent selon leurs propres logiques, mais bien celui de nos rapports avec eux. 5Les sciences humaines, y compris les disciplines comme l’éthique ou la sociologie, dont la mission est surtout réflexive, sont prises dans une logique technoscientifique sous contrainte économique et politique où elles se trouvent réduites à des fonctions à la fois accessoires et nécessaires, comme définir les cadres déontologiques des institutions (par exemple, les grands hôpitaux), évaluer les résultats d’un programme quelconque (par exemple, les politiques de sécurité), étudier les conditions nécessaires pour qu’une mesure politique bénéficie d’un accueil populaire favorable (par exemple, la modernisation de services administratifs), encadrer « scientifiquement » l’encadrement social de l’exclusion et des tensions dans les quartiers dits « à risques », contribuer à réparer les dégâts de la crise de l’emploi et du logement en recréant « du lien social » via des « recherches-actions » et le « suivi » de programmes sociaux... 6Bref, dans la nouvelle division du travail scientifique, les sciences sociales se voient confier des missions essentiellement ancillaires d’« aide à la décision » (en fait, le plus souvent, de légitimation déguisée) qui reviennent généralement à étudier plutôt « les gens » auxquels s’appliquent les dispositifs publics et privés (électeurs, clients, usagers des transports en commun, étudiants, malades...) que les institutions elles-mêmes qui pilotent ces dispositifs (structures politiques, grandes entreprises, sociétés de transport, système universitaire, système hospitalier...). La responsabilité de la recherche et de l’enseignement universitaires demande à être définie en prenant en considération ce processus de dissémination massive et individuelle de pseudo-savoirs éclatés et les revendications soi-disant démocratiques qui en sous-tendent la quête. Entre attentes sociales et impuissance morale, Bruxelles, Labor, 2000, p. 64. Plus les universitaires seront capables de susciter de la cohérence par collaboration et dissensus internes, plus ils pourront peser sur l’État pour assurer les conditions concrètes de leur autonomie, soit des structures et des postes de recherche non liés à des commandes externes. La communauté scientifique se perçoit comme un système où le travail de chaque savant s’ajuste aux résultats atteints par les autres et qui poursuit l’idéal d’une science homogène. Elle prend la forme de réseaux qui se constituent autour de congrès et de colloques. 3 Ces phénomènes sont particulièrement sensibles en Europe. Recherche et innovation; Structures de valorisation; Entrepreneuriat; Chaires; Productions scientifiques. admission@universite.com +243 810-899-082 La recherche universitaire a de singulier qu’elle n’est pas une activité à part, qui trouverait son intérêt en elle-même ou pour un usage pratique particulier. Son approche rend dès lors possible et favorise, mais sans y conduire mécaniquement, un jugement différent sur les comportements dits déviants et non déviants. À vrai dire, il n’y a ni véritable consensus ni véritable dissensus puisque les orientations et le contenu du travail des uns sont de moins en moins connus des autres et, a fortiori, de moins en moins discutés. 1La question de la responsabilité éthique de la recherche universitaire n’est pas une pure question de principe. Nous n’ignorons pas que d’honnêtes « détournements de fonds », consistant à mettre à profit des commandes pour développer conjointement des pistes de recherche étrangères aux soucis du commanditaire, sont constamment opérés « pour la bonne cause ». L’université de Rouen Normandie favorise les activités de recherche interrégionales, en développant des coopérations scientifiques reconnues internationalement. 8 Lors d’une réunion récente, Georges Balandier pensait que si Durkheim était vivant aujourd’hui, ce n’est plus la psychologie mais bien la biologie qu’il prendrait pour cible car c’est par rapport à cette discipline que se posent actuellement les questions les plus cruciales. Plus de 4500 publications (articles, participations à des colloques, chapitres d'ouvrage etc.) AccueilNumérosvol. l'État joue cependant un rôle toujours important et central dans le financement de la recherche, que cela soit en France ou dans les autres pays développés. D’où la multiplication de ces demandes collectives et symboliques de pardon auxquelles s’adonnent complaisamment aujourd’hui autorités politiques et religieuses, placées, qui plus est, sous la pression d’incessantes « demandes de reconnaissance. Actualités . Éthique, car cette position dirige l’attention des sciences sociales au centre même de la question éthique fondamentale des limites du pouvoir que l’être humain peut exercer sur ses semblables. La question est ici de savoir ce qui s’internationalise, comment, au profit et au détriment de quoi. Dans la recherche instrumentalisée, le travail scientifique n’est qu’une composante de l’exercice du pouvoir de ses commanditaires. La « mondialisation » n’est alors qu’un euphémisme élégant pour parler d’« étasunisation ». Le CNRS est né le 19 octobre 1939, de la fusion entre une agence de moyens, la Caisse nationale de la recherche scientifique et une grande institution de laboratoires et de chercheurs, le Centre national de la recherche scientifique appliquée2,3. 1 On dénombre actuellement 39 centres de recherche-développement et 13 unités de recherche-développem ; 12 Ainsi, le champ scientifique n’est plus seulement constitué de l’université et des centres publics de recherche, mais également de l’industrie dont les ingénieurs, dépassant les simples tâches de fonctionnement, s’impliquent de plus en plus dans des tâches d’innovation. Systématiquement valorisées dans les appels d’offre, les comparaisons internationales sont généralement effectuées à un niveau très faible. L’auteur cible comme responsabilité spécifique l’étude des systèmes de pouvoir qui s’excluent eux-mêmes des recherches qu’ils instrumentalisent et dont la science est elle-même aujourd’hui partie prenante. négatif à l’égard du pouvoir, une forme de gauchisme sociologique, mais bien une double nécessité scientifique et éthique. Pour le sociologue, par exemple, ce travail revient à reprendre inlassablement la question : Comment penser le social aujourd’hui ? Cette instrumentalisation ne prend pas seulement la forme explicite des « commandes » adressées aux centres de recherches par des pouvoirs extérieurs ou souvent même sollicitées par les premiers en quête de ressources ; elle s’effectue de manière moins visible mais tout aussi efficace à travers les programmes scientifiques nationaux et internationaux dont les orientations, de plus en plus pragmatiques, échappent, pour l’essentiel, aux universitaires. L’enseignant-chercheur est censé être l’animateur de cette dialectique et de sa dissémination démocratique. Les normes méthodologiques des sciences « dures » (prévalence des méthodes quantitatives, schémas expérimentaux teintés de positivisme, refoulement des questions normatives et éthiques...) s’appliquent de plus en plus aux sciences humaines. C’est sous ces deux angles que nous aborderons notre question. La distinction entre recherche fondamentale et recherche appliquée s’estompe, y compris à l’intérieur des universités. Revue internationale d’éthique sociétale et gouvernementale. Luc Van Campenhoudt est professeur aux facultés universitaires Saint-Louis (Bruxelles), où il dirige le Centre d’études sociologiques, et à l’université catholique de Louvain. Scientifique, car la responsabilité de médiateur dans le débat public réclame l’étude des forces les plus déterminantes de la vie collective qui répugnent à se prêter elles-mêmes comme objet de recherche. Le Centre national de la recherche scientifique est un organisme public de recherche (Etablissement public à caractère scientifique et technologique, placé sous la tutelle du ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation). Les « bonnes » recherches « parlent d’elles-mêmes », elles éveillent à une responsabilité morale et pratique, elles marquent durablement et sans violence, elles suscitent le débat et produisent les problématisations susceptibles de l’alimenter. La grande majorité des chercheurs ne travaillent plus dans les universités. Il s’agit de se battre pour des valeurs en instaurant une méthode qui en assure la poursuite, c’est-à-dire qui oblige, dès qu’elle est mise en place, à faire de nécessité vertu. La responsabilité éthique et politique de la recherche universitaire nous semble consister d’abord à mener des recherches là où notre société s’ignore elle-même en raison des rapports de pouvoir qui la structurent. Outsiders. Autrement dit, la faible autonomie de la recherche universitaire me paraît directement liée à l’absence de dissensus interne, de confrontations entre disciplines et approches qui ne doivent certes pas conduire à un consensus mais plutôt à « innerver » un espace de création et de travail et à le doter ainsi d’une plus grande clarté et d’une plus grande cohérence. Études de sociologie de la déviance, Paris, Métailié, 1985, en particulier le chapitre 1, « Le double sens de “outsider” », p. 25-41. He also shows that university research’s responsibility takes on its full importance only when the research is conducted in close connection with teaching. Il n’est guère étonnant que des critiques sévères à l’égard de certains aspects actuels de l’internationalisation de la recherche se fassent de plus en plus fortement entendre, tant parmi les chercheurs que parmi les responsables des institutions publiques de recherche, nationales et internationales. Responsable envers le seul Prince et selon des critères qui relèvent de son bon vouloir, le chercheur se condamne en fait à l’irresponsabilité pour tout ce qui dépasse les seuls critères de rigueur technique (dont le Prince se désintéresse d’ailleurs le plus souvent sinon pour discréditer les travaux dont les résultats ne l’agréent pas). La plupart des universitaires ne sont pas assez naïfs et prétentieux pour penser qu’il y aurait, d’un côté, les « gentils universitaires » et de l’autre les « méchants décideurs politiques et économiques », ni assez aveugles pour ignorer que les nostalgiques de l’« université de papa » sont souvent pires mandarins que les « nouveaux patrons » plus opportunistes. La marge de manœuvre qui leur reste n’est sans doute pas négligeable, mais elle est fortement entamée par une autre forme de censure, interne celle-là, qu’exercent sur eux-mêmes les chercheurs lorsqu’ils rédigent leurs réponses aux appels d’offre en fonction des attentes supposées des commanditaires et optent pour des approches « politiquement crédibles » des problèmes, c’est-à-dire à la fois non critiques et peu susceptibles de heurter, dépourvues de jugements de valeur explicites et privilégiant les méthodes lourdes (comme l’enquête par questionnaire) qui sont justifiées par une argumentation où scientificité et représentativité sont généralement confondues. Si quelques rares conférences inter-
nationales réunissent encore
des chercheurs de disciplines
différentes (par exemple, les
conférences mondiales sur le
sida), c’est trop souvent pour
confiner les sciences « humaines » (au sens d’altruistes ou de
bienveillantes), avec les associations militantes et caritatives, dans la prise en charge
d’un ensemble flou portant
sur les aspects « humains » des
problèmes (la prévention,
l’aide psychologique et sociale
aux victimes, les processus de
discrimination et les témoignages de militants ou de personnes atteintes...), mais certainement pas pour analyser les systèmes médicaux, économiques et politiques qui définissent et gèrent les problèmes. Portail Recherche Actualités Parutions La recherche scientifique : un droit fondamental ? Seuls existent à propos de ces dernières des « audits » qui ne se préoccupent que de leurs « performances », telles que peut les envisager le Marché (part de marché et position face à la concurrence, rentabilité, image de marque...) et qui n’ont pas grand-chose à voir avec la tradition de la recherche universitaire en sciences humaines, davantage attentive aux modes de construction des problèmes sociaux, aux orientations de l’action et à ses fonctions sociales, aux rapports de pouvoir et aux modes de décision, notamment.